Conte n°5
« - Ma chair, ma très chère, abîme de déception,
Que ta mère trop amère efface ta conception !
- Mère ! Nooon ! Pitié !
- Pitié ? Tu m’en inspires, certes, mais nullement celle de t’épargner ! »

« Iss… Issandra… Nnnn… Non… »

« - Noooooon !!! Pas Issandra ! Pas faire mal à Issandra !!!
- Toi ! Toi aussi ? Outis… c’est… c’est impossible !
- Outis ?!? »

Ainsi, au haut du fort, fut déchue la sorcière,
D’avoir trop cru, à tort, en sa mainmise de fer.
Réduit à un centaure, condamné aux enfers,
L’esprit tenu pour mort, le serf d’entre les serfs,
En son intérieur for, gardait l’âme d’un père,
Et l’emprise des sorts, il parvint à défaire.

« - Outis… ? Papa ? Papa, c’est toi, c’est bien toi ? Sous… cela... Je… je te croyais mort… elle… elle m’avait dit… fait croire…
- Iss… Issandra… sauvée… terminé… maintenant…
- Pas le déluge de flammes ! Le navire… suivez-moi ! »

« - Issa ! Iannis ! L’ancre est levée ! Le navire quitte le port ! Vite, montez !
- Issandra ! Ta main ! Attrape ma main !
- Attention ! Là ! Le mignon de Gorgina !
- Mon père ! C’est… Outis, c’est mon père ! Il vient avec nous ! »

« - Maman ! Maman ! Les premières neiges !
- Oui…
- Toutes les feuilles des arbres sont tombées… Il ne rentrera pas cette année, alors ?
- J’en… j’en ai peur mon cœur…
- Ca veut dire qu’on aura encore un Noël sans Papa…. Sorga a échoué… »

Le guet était amer, le soir de la Noël,
A scruter seul la mer, dans sa petite tourelle.
*Y pourrait quand même être bon prince, m’sieur le prince… une cheminée en hiver, c’est quand même qu’une toute p’tite doléance… Quand je pense que tout le village a goûté la veillée quand moi, je me coltine la veille de l’horizon vide… Allez, une petite lichette pour le courage, et puis… un coup d’œil pour vérifier que le soleil est pas là et l’océan glacé tout plat…
?!?
Mais…
Mais ? C’est pas Dieu possible sans que ce soit sorcellerie ! Il faut que je donne l’alerte !!!*

L’alerte sitôt donnée, on se lève hébété :
Quel gredin, quel danger, peut-elle bien aviser ?
Seule dans le village, une femme, elle, sourit :
Elle y lit un présage annonçant son mari.

« - Léma ! Iannis ! Réveillez-vous ! La cloche, la cloche ! C’est l’alerte… à la mer, quelqu’un…
- Mmmh… Mais Maman… c’est pas possible, c’est une erreur, on est en décembre, c’est tout gelé, personne ne prend la mer…
- Si, ma chérie, UNE personne le peut !
- Tu… tu crois ? Le… Père Noël ?
- Mieux encore ! Ne bougez pas, les enfants ! Je cours au ponton… il… il faut que j’aille m’en assurer ! »
Et l’espoir renaissait pour ces âmes délaissées
Celui de voir cesser l’attente par trop durée

Elle s’était élancée, bien vite, à la jetée,
Mais c’était pour trouver le canon apprêté.
« - Noooon ! Arrête ! Ne tire pas !
- Poussez-vous ! Feu !!!
- Noooooon !
- C’est les ordres, ma p’tite dame, feu à volonté sur les embarcations inconnues en telle période ! Sans sorcellerie à bord, impossible !
- Mais… C’est… la magie… Noël… »

* Iannis… J’aurais juré en mon cœur que c’était toi… Je… C’est impossible… Non… Pas maintenant, pas comme ça… *

« Oh là ! Du canon ! Cesse le feu ! Citoyen de Catille, je suis citoyen de Catille ! A ma ceinture… une lettre au sceau d’Alcinon ! Vérifie ! »

« … »
Il est parfois plus sage de silence garder
Devant certaines images d’un bonheur retrouvé

« - Ca… capitaine… je… je… suis désolé…
- Tu peux l’être ! Fais venir des hommes, mets une barque à l’eau, bravez la glace et allez chercher ceux qui sont restés sur les radeaux que tu as bien failli détruire de tes boulets, boulet ! Ils sont terrifiés et n’ont pas la force de nager jusqu’à la rive : vite !
- A… à vos ordres, mon capitaine ! »

« - Voici, mon amour, c’est… changé… enfin… usé…
- Mon Dieu, Nina… Je… je suis tellement désolé… Je… je n’aurais pas imaginé…
- Ce n’est pas cela qui compte, ce ne sont que chaume et planches de bois »
Sous le porche, la fillette, se cachait, mains au dos,
Et elle baissait la tête, doutant de son cadeau.
« Léma ? C’est toi ma petite fille… ma grande fille ? »
La fillette s’avança, peu lui chalait le froid,
Et sans défaire ses bras, elle le dévisagea.
« Papa ? »

« - Papa !!! C’est toi, mon papa ! Maman… le flou… c’est pas vrai, c’est terminé… c’est… je sais, je sais !
- Je sais mon cœur ! »

« - Monsieur ? Bottes ? Maman ?!?
- Iannis, mon chéri, voici ton papa. Iannis, mon amour, voici ton fils.
- Papa ? »

« - Papa ! Papa ! A Papa !
- Petit bonhomme… C’est toi qui portais mon nom pour deux, alors…
- Papa ! T’es le meilleur cadeau de Noël du monde de la terre ! »

« - Penina, voici Issandra, Mémnon et Outis, qui par leur courage, leur sacrifice et leur cœur nous ont permis de revenir en bravant dangers et obstacles…
- Soyez remerciés, du fond du cœur. Vous êtes les bienvenus dans notre demeure, aussi longtemps qu’il vous plaira d’y séjourner, mais dès ce soir, partagez notre repas, que je souhaite le plus festif possible, quoiqu’il soit frugal.
- Bievenue ! Bienvenue ! »

« - Tu veux jouer avec moi, Issandra ?
- A quoi ?
- A la princesse ! On dirait t’es la princesse, et moi je serais la servante, et….
- Je n’ai pas très envie d’être une princesse, c’est un sort loin d’être enviable…
- Pourquoi tu dis ça ?
- Je le sais…
- Comment tu peux savoir ?
- Je le sais, crois-moi… un jour je te le raconterai….
- Issandra… dis… je peux te dire un secret ? J’ai un peu peur du monsieur avec les pieds de cheval… il est trop… bizarre.
- Le bizarre, c’est comme cela qu’on appelle les différences qu’on ne comprend pas. Il vaut mieux s’efforcer de les découvrir, Léma, c’est ce qui nous enrichit réellement. C’est mon Papa à moi, tu sais.
- Je… je suis désolée, Issandra, je… je ne savais pas. Je ne veux pas être pauvre du cœur et de l’esprit, c’est ce qui rend méchant, ça je le sais. »

« - Je vois que certaines de mes leçons ont porté des fruits qui s’épanouissent, Issa…
- N’en clame pas tout le mérite, j’ai eu beaucoup matière à apprendre par moi-même ces dernières semaines…
- Laisse moi être fier de toi, Issandra.
- Mémnon ?
- Oui ?
- Tu crois… que je pourrais essayer d’inverser tout le mal que ma mère a fait ?
- Issa, loin de moi l’envie de brimer ton entrain, mais ton dernier essai à l’encontre des pouvoirs de ta mère ne s’est pas avéré très concluant, il aurait bien pu te coûter la vie…
- Ici, c’est… c’est différent, Mémnon… Aujourd’hui, c’est comme si la magie était déjà autour de nous et qu’il n’y avait plus qu’à la cueillir… Et puis… défaire ce qui a été fait, c’est seulement rétablir l’équilibre qui n’aurait pas dû être rompu.
- Sois prudente Issa ! »

« Mais que veux-tu qu’il m’arrive ! Joyeux Noël à tous et… à vos souhaits ! »
« Que l’esprit de Noël, qui peut tout effacer,
Emporte dans ses ailes les méfaits du passé ! »

Et c’est ainsi que fut, ce qui aurait dû être,
Dans la paix revenue de la vie de ces êtres.
« - Issandra, la… la magie de Noël… elle n’est pas marchée pour toi… ton pauvre Papa… je suis désolée…
- Ne pense pas cela, Léma : je le croyais perdu et je l’ai retrouvé, c’est un don qui m’est fait, à moi d’apprendre à l’aimer même ainsi… »
Heureux qui comme Iannis, après un long voyage,
Recouvre les délices des familiers rivages.
Issandra comme Léma ont retrouvé un père
Et sont tout à la joie de ce présent offert.
Nos héros, quant à eux, mariés depuis longtemps,
Vécurent bien sûr heureux, avec leurs deux enfants.
Ainsi s’achève l’histoire de Léma et sa mère,
Celle d’un si fort espoir qu’il traverse les mers.
