Conte n°8


Meilleurs Vœux de Milly

Un conte (presque) moderne… - page 2


Chaud et douillet comme un bon lit avec une couette moelleuse… « Oui, tout ira bien, tu verras. Bonne chance, Milly. A bientôt. » murmura la fée de Noël.


t elle disparut à nouveau dans un tourbillon bleu glace.
Milly se demandait quand ce rêve étrange s’arrêterait. Ce devait être le jour du réveillon, mais elle n’avait pas hâte de se lever. Toutes ces festivités ne l’enthousiasmaient guère, cette année.


Elle finit par se réveiller en douceur, un peu dans le vague et encore à moitié immergée dans son rêve. Quand quelque chose la tira brutalement de son reste de sommeil : ce n’était pas sa chambre !


« Oh oh… Je crois que j’ai un gros problème. En plus de cette chemise de nuit hideuse, et de la déco de grand mère, bien sûr. Alors ce n’était pas un rêve… ? » conclut-elle.
« J’ai vraiment vu la fée de Noël, et elle a jugé bon pour moi de m’envoyer ici… Mais où suis-je, d’ailleurs ? »


Elle résolut de partir à la découverte des lieux, un peu inquiète et ne sachant pas ce qu’elle allait rencontrer.
« Ma parole, Molly Winter Fairy, tu m’as renvoyée au siècle dernier !! »


Milly comprit qu’elle avait pris temporairement la place d’une autre jeune fille de son âge, au début du siècle dernier, qui s’appelait comme elle. Elle avait deux grandes sœurs, Wendy et Tiffany, et vivait dans une riche famille irlandaise.


Comme Wendy le lui « rappela gentiment », leur mère était morte en lui donnant naissance. Son père, Ruppert O’Donnell, était inconsolable depuis qu’il était veuf. D’autant que Milly était celle des trois filles qui lui ressemblait le plus, et lui rappelait chaque jour la perte de sa femme.


Le jour du réveillon, il dit à ses filles qu’il avait une annonce à leur faire, en particulier à Milly.
« Ca y est, pensa-t-elle, le moment est venu de savoir ce que je fabrique ici ! »


« Comme tes deux sœurs avant toi, l’année de leurs 16 ans, le temps est venu de te marier, ma fille. » commença-t-il.
Milly faillit s’étouffer et ravala sa bouchée avec difficulté.
« De me quoi ?! A 16 ans ?? Vivement le 21ème siècle… » marmona-t-elle.


« Hem… tu… Ne pensez-vous pas que c’est un peu trop tôt pour me marier, Père ? »
Elle avait du mal à s’habituer à vouvoyer « son » père.
« Je suis encore jeune, je ne suis pas prête à être menottée à vie à un homme, enfin, ce que je veux dire, c’est que ça presse pas quoi ! » tenta-t-elle d’argumenter, sans trop trahir ses expressions modernes.


Ruppert n’y prêta pas attention, il avait l’habitude que sa plus jeune fille se comporte parfois de façon bizarre. Il poursuivit :
« C’est justement le bon moment. J’ai conclut un arrangement avec la mère du jeune O’Malley. Leur famille a fait fortune, récemment ! C’est une excellente affaire. »
Devant l’expression scandalisée de Milly, il acheva :
« La discussion est close, ils viennent te rencontrer cet après-midi. Les filles, vous feriez bien d’aller vous préparer après le repas. »


Milly dû lutter de toutes ses forces pour ne pas contredire l’autorité toute puissante du chef de famille. Elle sentait bien que les conséquences en auraient été dramatiques.
Ainsi, en début d’après-midi, ils accueillirent son prétendant et sa future belle-mère. Milly se tint à l’écart le plus longtemps possible.


« Au secours. C’est un cauchemar. Je vais me réveiller, je vais me réveiller, je vais me réveiller… !!! » pensait-elle de toutes ses forces.
« Bon, manifestement, je suis bien dans cette galère. Où es-tu, Molly Winter ?! »


La fée n’apparut pas, elle devait estimer que Milly n’avait pas encore fait assez de chemin dans sa « quête d’elle-même ».
Le père toisa le jeune homme et dut juger qu’il lui convenait, puisqu’il les invita à entrer en sa demeure pour conclure le « marché » dont sa fille faisait l’objet.


Milly se retrouva donc assise à côté de cet inconnu, à tenter de répondre poliment à l’interrogatoire de sa mère.
« Beerk, en plus il est vieux, il a au moins 30 piges ! Les pères étaient vraiment inconscients, autrefois » grognait-elle dans sa tête.
Tout se déroulait bien, mais Milly eut comme l’impression de répondre faux à la dernière question…


« Alors c’est arrangé, les fiançailles seront organisées dès la semaine prochaine, et le mariage en suivant ! Qu’en pensez-vous, ma chère ? » demanda Mrs O’Malley.
« Je ne pense pas. » répondit spontanément Milly, qui espérait bien être déjà repartie dans son époque à ce moment là.
« Je vous demande pardon ?! » s’indigna la mère.
Ruppert parut extrêmement embarrassé mais trouva le moyen de sauver les apparences.


« Alors, marché conclu ! » se félicitèrent mutuellement les parents.
« Aussi efficace qu’une vente aux enchères ! » tenta de plaisanter George, son futur fiancé. Oui, parce qu’en plus, il s’appelait George. Et il avait vraiment un sale humour, pensa Milly.


Elle n’avait rien pu faire, elle ne pouvait pas s’échapper, on contrôlait totalement son existence. Elle avait l’impression d’être une marionnette dont on tirait les ficelles pour commander ses actions. Ainsi, elle se retrouva en robe de fiançailles, la semaine suivante. Prête à épouser un inconnu.
Elle n’arrivait pas à s’expliquer pourquoi elle se laissait faire, pourquoi elle ne pouvait pas exiger que ses moindres souhaits soient exaucés, comme dans sa vie à elle.


Elle était révoltée par ce manque de liberté, même si elle était bien consciente que c’était le lot de toutes les femmes à cette époque.
« Et la vieille qui ne pense qu’au fric qu’elle va se faire pour m’avoir sélectionnée comme une bête de foire… Pas question.» décida Milly.
« Je suis désolée, mais j’ai d’autres valeurs, et je refuse d’être vendue comme on vendrait une vache ! » annonça-t-elle au beau milieu de la cérémonie.


« Ce n’est pas contre toi, George, je suis désolée mais… Salut, je m’casse d’ici ! » lâcha-t-elle.
Il ne protesta pas, il eut même l’air amusé d’assister à une telle rebellion.


« Vous me devez quand même l’argent, nous avions conclu l’affaire ! » s’empressa la mère de George.
Milly s’éloigna, songeant à des tas de choses qui se bousculaient dans sa tête.
« Je n’sais pas comment ni même si je vais me sortir de là, mais une chose est sûre : j’aime trop ma liberté. Ma vie à moi me manque, ma famille me manque. Ce n’est pas une prison dorée, c’est une vie géniale, et je veux la récupérer ! »


Epilogue



Molly Winter Fairy apparut aussitôt et ramena Milly chez elle, à son époque, à sa vie si précieuse.
« Merci. » dit simplement Milly. « J’ai conscience de ma chance, maintenant. »
« Yes ! Encore un vœu de Noël exaucé… » s’exclama la fée.


Le lendemain matin, Milly aperçut Jude au coin de la rue. C’est à cet instant seulement que sa ressemblance frappante avec George lui apparut.
« Son ancêtre, peut-être ? C’est un comble, il vient me hanter jusque chez moi ! » songea-t-elle.
Mais elle n’était pas amère. A présent, tout lui semblait léger, et son aventure dans le passé lui paraissait un vague souvenir pénible, mais nécessaire, pour apprécier pleinement ce que lui offrait sa vie.



Dès ce jour, Milly retrouva sa joie de vivre, et profita à fond de tout ce qu’elle vécut.
Ses parents furent surpris de la voir du jour au lendemain plus épanouie, plus ouverte et réceptive aux autres, plus généreuse aussi.
Elle qui attendait tout des autres semblait prête à donner à son tour. Elle demanda même une dernière faveur à ses parents, mais qui n’était pas un caprice pour son bien être personnel, pour une fois… mais qu’ils attendaient depuis longtemps :
« Maman, Papa… ? Vous me le faites quand, ce ptit frère ?! »

FIN


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